Pierre Michon,

Vies minuscules :

Vie d'Antoine Peluchet
(Gallimard 1984)

Un auteur  contemporain  qui dès aujourd’hui fait figure de classique.
Une très grande écriture appliquée à des vies « minuscules ».

La publication des Vies minuscules, en 1984, chez Gallimard a été un véritable événement. Non un événement médiatique, tonitruant et tapageur, mais un de ces moments rares qui font battre le cœur de ceux qui vivent pour la littérature. Quelque chose comme une naissance, à l’intérieur d’une famille. Ce petit livre révélait un écrivain exigeant dont la langue difficile était en même temps la voix profonde. Il avait quelque chose à dire, quelque chose de neuf, et il avait trouvé une forme originale pour le dire. Il existait et déjà son œuvre « tenait ».


Le destin de paysans obscurs

Les Vies minuscules, c’est un livre apparemment simple : on pourrait dire un recueil de huit nouvelles qui raconteraient, chacune, la vie, le passage sur la terre de paysans obscurs, de gens de rien, enfouis au plus profond de la campagne Creusoise.

Ainsi d’Antoine Peluchet, un lointain ancêtre. Grand adolescent, un jour, il se dispute avec son père, quitte la ferme familiale et ne revient pas… Ce départ, cette absence, ce vide va gonfler l’attente, prendre toute la place, dévorer les rêves et les cauchemars, la vie même de ses parents, et les récits du village…

Rien pourtant d’anecdotique, de local ou de folklorique dans ces récits. L’écriture de Pierre Michon en effet est comme une incantation magique, elle s’empare des pauvres traces du passé, vieux cahier retrouvé ou ruine ensevelie sous les fougères, et elle les fait danser. Elle convoque les disparus et les replace, à notre intention, face à ce que fut leur destin. Et ce destin, c’est le vide, l’absence.

Une autre forme du tragique,
la disparition.


Pendant plus de deux millénaires, le tragique a exploré l’horreur de notre condition, mais il fallait qu’elle fût spectaculaire : frères ennemis, guerriers sacrifiés, pères incestueux, amantes suicidées, tyrans sanguinaires, mères infanticides… toutes ces figures du destin sont pleines, massives comme des statues : elles pèsent leur poids de chair, de sang, de larmes, elles donnent matière à la pensée, au procès, au souvenir, à l’histoire, à la peinture…



























La littérature de Pierre Michon explore une autre figure du tragique. Non pas en relief mais en creux ; disparition, humiliation sans mots, déchéance mystérieuse, chute silencieuse. Michon se fait explorateur du vide. Pères évanouis, enfants partis sans laisser de nouvelles, vieillards muets dans la seule lumière des arbres, il scrute les « absences épaisses » qui laissent les vivants comme des « silhouettes titubantes et navrées » au bord de précipices invisibles. Il parvient à faire vivre, à mettre au monde ce qui n’avait jamais connu que les limbes d’une vie sans mots et comme avortée.

L’enjeu est immense : cette histoire d’un homme de sa lignée est aussi, indirectement la sienne, « l’autobiographie oblique et éclatée » d’un homme que la littérature va sauver.


Distribution :
Lecture : Louis Rama
Musique : Léa Lachat, à l’accordéon


 

 






Dernière modification le 16/02/2017


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à jour le 16/12/2017




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