Pour l'association Lire et connaître,
le dimanche 17 novembre 2013, à 17h,
à Mormoiron,au Hangar Lamy,


A L P H O N S E
de Marie-Hélène Lafon

une nouvelle tirée de Liturgies,
Ed Buchet-Chastel  2002

La vie d’une ferme du Cantal. Le travail des générations qui se suivent sur ces terres, dans ces murs. L'histoire d'un amour improbable d’une sensibilité extrême, légère, aérienne, et une tragédie atroce...

Une nouvelle bouleversante, …une écriture charnelle et implacable
…l’un des plus grands auteurs contemporains.


Marie-Hélène Lafon est fille de paysans du Cantal, elle ne le cache pas, elle revendique cette origine. Bien sûr, elle a quitté la terre, elle a été pensionnaire chez les sœurs, à Saint Flour, elle a fait ensuite de brillantes études à la Sorbonne avant de devenir professeur et de s’installer dans la région parisienne. Mais elle n’a jamais eu honte d’être née dans une ferme, d’avoir fait les foins et gardé les vaches.

 

Bien au contraire, venue au jour dans ce monde de silence où l’on ne parle pas de soi, mais où les gestes, les regards, les silences, les moindre sensations étaient langage, elle a découvert  un jour qu’elle occupait une place singulière et en quelque sorte privilégiée : par ses études et son goût exigeant de la littérature, elle était investie de la plus haute idée qui fût de la langue et de l’écriture ;  par ses origines, et par toute sa mémoire d’enfance, elle était en même temps dépositaire de ce monde paysan, celui des fermes du centre de la France, monde depuis toujours privé de mots et qui avait silencieusement disparu au tournant des années cinquante.

Elle s’est donc mise à écrire, à faire vibrer tous ces silences, tous ces gestes, ces bruits, ces odeurs, les rudesses et les douceurs de ce monde largement ignoré, sinon méprisé encore aujourd’hui.
 
                                   


Elle a entrepris de le mettre en mots, de créer un langage pour donner à entendre tout ce qui se jouait, s’était dit de notre humanité dans ce monde disparu.

A-t-elle pour autant écrit une œuvre nostalgi- que, une sorte de socio-archéologie des campagnes françaises ? Non ! Marie-Hélène Lafon écrit de la littérature, de la grande littérature, c'est-à-dire qu’elle engendre de la vie neuve par le moyen d’une écriture unique, inventive, incroyablement riche et discrète à la fois. Rien du documentaire ou du « récit de terroir» chez elle. Son œuvre est aussi uni- verselle que celle de Tolstoï, de Maupassant, de Ramuz, …ou de Pierre Michon !


Distribution :
Lecture : Louis Rama

Musique : Justine Després à l'accordéon

 

Marie-Hélène Lafon  

Extraits d’une interview donnée à la 
médiathèque de Saint-Etienne
en février 2009


Une écriture du corps…

Le travail d’écriture est une étreinte avec la matière verbale, c’est de l’empoignade, c’est long, ardent, parfois violent ; et c’est, à mon sens, organique parce que c’est une patiente affaire de matière et de corps. Mon rapport au monde passe par le corps et mon écriture aussi : je ne lâche jamais un texte pour publication éventuelle sans l’avoir au préalable mâché, ruminé, et dit, prononcé, proféré à voix haute, ce qui implique de passer littéralement mot après mot par le corps, le ventre, la bouche.

née des plateaux tondus du massif central…
Mes livres viennent du corps, et d’un lieu, lieu social et culturel (…), lieu géographique aussi, à l’évidence. La plupart des toponymes, et patronymes puisque je mélange et inverse constamment les deux registres, seraient repérables sur une carte de ces cantons minuscules que j’appelle mon triangle des Bermudes, Allanche Riom Condat, entre Limon et Cézallier, plateaux tondus du Massif Central, Cantal infime, nombril de ma terre.

 

ancrée dans une maison forte, …maison d’enfance, …maison matrice.

C’est assez dire, il me semble, à quel point la chair du texte procède dans mon travail d’un lieu de naissance ; et ce d’autant plus que, dans presque tous mes livres, le récit est ancré dans une maison, maison forte, pierre bois ardoise, maison de paysans toujours, qui est ma maison d’enfance, celle où vivent encore aujourd’hui mes parents et mon frère, maison matrice évidemment, et d’ailleurs la seule dans laquelle je n’ai jamais pu écrire une ligne, comme si l’on n’écrivait pas au cœur du volcan…

Mes textes partent dans le monde et vivent…
Crachés depuis le pays et la maison d’enfance, les textes partent, ils font ce que j’ai fait, ils sont dans le monde et vivent ; et je le vois bien, je l’entends, les lecteurs rencontrés ici et là me le disent assez, les textes sont à la fois de ce pays premier et de tous les pays insulaires où les hommes et les femmes s’appliquent à rester vivants, le plus possible, dans la solitude des corps et des familles, dans l’âpreté des jours et leurs soudaines douceurs.

 

 

 

 

 

 






Dernière modification le 16/11/2013


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