Atelier du mercredi 13 novembre 2013, à la Maison du citoyen

Après une relecture d'Alphonse,
de Marie-Hélène Lafon

" Elle aimait les granges..."
Une grange sera donc le terrain de notre premier exercice d'écriture.


Première proposition :

       J’adore les vacances chez mémère, j’adore ma chambre qui sent la pomme, les pommes. Je n’ai pas de réveil, pas besoin, il y a les heures à la pendule du bas, la porte des chèvres, la nourriture des poules, et je me lève quand je veux. Mémère me croise toujours au bon moment, avec des tartines immenses et le café au lait. J’adore m’asseoir sur la marche au soleil, en terminant la grosse tartine ; Puis faire le tour de la cour, des bâtiments…
      - Tu vas jouer avec tes cousins ou tu viens avec moi ?
       L’un comme l’autre j’adore. Aujourd’hui c’est aller jouer. Qui est là ? Michèle, Etienne, Simone ? Les trois ! chouette. Simone c’est l’ainée, Etienne le petit, il n’a que 8 ans, j’en ai 9. Michèle 10.

      - Où on va ?

Dans la Noue, vers le Parc ?
On n’a qu’à retourner du coté de la grange, c’était bien hier !





Deuxième proposition, avec le même point de départ...

       Bon….Soyons positif, mes maitres ne sont pas totalement stupides. Il leur est évident, et il m’est évident que si je n’étais pas attaché à cette niche, il y a longtemps que je me serais sauvé !
       Bon, soyons réalistes, si mes maitres ne sont pas totalement stupides, je ne vois pas par contre quelles qualités je pourrais leur trouver. Ils sont aussi mesquins, radins et moches, ils sont méchants, cruels et sadiques.
       Bref, ils sont, ils sont, ils sont….tout ce que je n’aurais pas rêvé d’avoir pour maitre.
       D’accord, ils n’ont pas non plus la belle vie, je le reconnais. Le prix du litre de lait a baissé de 22% en 5 ans quand les cotisations à la MSA ont grimpé de 12% dans le même temps. Je ne l’ai pas lu dans la Presse Quotidienne Régionale, mais je le sais car ils rabâchent ça de manière hystérique des qu’ils ont un visiteur.
       Et il manquerait plus que ça qu’ils aient une belle vie avec la vie de chien qu’ils me font mener….enfin, bon, je me comprends
       Et quelque part, si leur fille s’est fait engrosser dans ma grange par un fiancé plus qu’éphémère et particulièrement abandonniste, eh bien c’est quelque part bien fait pour eux.
       Et si leur fils s’est cassé les deux genoux en tombant du pailler de cette même grange lors de la dernière moisson, eh bien je ne vais pas couiner.
     



De la grange aux vaches… et des vaches aux femmes, avec l’incipit suivant :
" les vaches avaient des prénoms de femmes..."


       Des prénoms simples, pétants, tendance génération passée : Rosette, Camille, Pierrette.  On y rajoutait souvent l’article : « la Rose », « la  Noiraude » ça nous rapproche, c’est comme cela qu’on parle des autres nous, comme s’ils étaient célèbres  « la Camille », « la Pierrette », on ne peut pas les confondre, ou alors on rajoute, « la Pierrette de la ferme du Château ». Les bêtes, les gens, c’est tout comme.
       Peut être même les bêtes c’est plus que les gens, ça rapporte, ça ne dit rien. Les vaches ce serait pas plus que les femmes ?  Bon, il y en a c’est vrai qui pleurent leur femme quand elle meurt, et encore même qui les pleurent longtemps mais il y en a qui les battent, qui leur parlent mal, qui les jettent.






...autre incipit encore : «...les femmes, les vieilles surtout, avaient des regards de poules effarouchées »

       Pas les grosses pondeuses, placides, blondes. Non, les plus maigroulettes avec une lueur rouge dans la pupille. Et quand une poule comme ça s’effarouche, on voit très bien cet éclat dès qu’elle tourne un peu la tête pour regarder de biais en se rengorgeant et en émettant un piaillement teinté de reproches.
       J’en ai vu tomber malade. D’abord, elle semble de plus en plus serrée dans ses plumes, comme ma belle mère dans les baleines de son corset. Elle peut rester comme ça, interloquée un bon moment, au dé- but de la maladie. Et puis se reprendre et recommen- cer à pondre. Ou alors, lâcher prise et mettre un pied dans la tombe. Les plumes se ternissent, on y voit des poux de plumage qui font un semis blanchâtre.









       Hier, on avait bien profité. Moi j’aime déjà dès qu’on passe la porte, toute vieille rafistolée, on dirait qu’elle va s’effondrer quand on l’ouvre en grand, mais elle tient bien une fois qu’elle est refermée.
       Tout de suite à droite il y a un bout d’abris pour la réserve à foins, c’est comme une petite pièce, plutôt une niche, ca sent bon , c’est là qu’on joue au docteur.
Derrière le mur de gauche, c’est la soue, c’est beau- coup moins propre, mais dans la grange on ne sent pas. Le bruit qu’ils font les cochons ! quand on leur apporte les bassines d’eau de vaisselle.
       Au fond à gauche, après l’angle  c’est le pressoir, ça c’est paradis quand c’est la saison des pommes, j’y reste collée en attendant quelques verres.
    - Alors, dit Simone, aujourd’hui on va jouer au mariage. Toi tu es la mariée et Etienne c’est ton futur. On dirait que vous arrivez à l’église, moi j’suis le
curé, Michèle c’est ta mère, les invités ils sont pas encore arrivés…on va les attendre, ah! si, les voilà ! elle regarde au fond, le gros tas de buches : on va les installer, chacun c’est une personne…
                                                     Françoise N










       Je sais, ça peut paraître un peu mesquin de me venger ainsi de leur méchanceté, mais je suis même capable de faire pire.
      
Lorsque des maraudeurs sont venus piller ce qu’ils pouvaient comme outils dans la grange, je me suis volontairement caché au fond de ma niche pour les laisser faire en paix. Une demi heure après leur départ, je me suis mis à aboyer furieusement dans la nuit jusqu'à ce que mes maîtres sortent et viennent constater le délit.
       Je crois que c’est une des seules fois ou ils m’ont félicité d’une tape de la main sur la tête d’avoir fait mon travail de chien de garde.
Je me suis longuement interrogé ensuite pour savoir si je n’aurais pas dû en profiter pour mordre sauvagement cette main. Ça leur aurai coûté chair, mais cela aurait risqué aussi de me coûter très cher.

       J’en ai vu de ma niche ! ...de ce qui se passait dans et en dehors de cette grange, mais comment dire les trahisons, les paresses, les mensonges, les égo- ïsmes, les peurs…. ?
       Bref, comment dire l’ "humanité" de cette ferme alors que ses habitants ne sont même pas humains avec moi ?
       Ça ne sert à rien d’aboyer dans le vide.


                                                            Pierre W.









       On ne jette pas une vache. Ni une chèvre, ni une poule. On lui donne ce qu’il faut pour manger, on les rentre au chaud. Juste on surveille qu’elle reste dans le champ, sur  le chemin, qu’elle rentre à l’heure, on va vérifier quand elle est pleine qu’elle a bien ce qu’il faut, on va pas l’embêter, on lui parle gentiment.

       La Pierrette je l’ai vue dans le champ de maïs  tout à l’heure, j’suis sûre  qu’elle est grosse de 8 mois ; j’lai vue sous le soleil de midi finir de charger la charrette, s’essuyer les yeux, est-ce que c’est vraiment de la sueur ? Je l’ai vue souffler et se demander à elle toute seule  - c’est comme si j’étais dans sa tête - est- ce qu’elle se demandait pas  si c’est une vie ça ? si elle aurait la force pour continuer ?

                                                       Françoise N








       L’étape d’après, c’est le bec qui se met un peu de travers. Quand elle picore, elle rate le grain et ce sont les grosses blondes qui raclent toute la pâtée. Même picoter le fond du plat, elle n’y arrive plus. Son habit ressemble de plus en plus à celui d’un croque mort.
      Bientôt, elle va vaciller, les pattes iront aussi dans le travers, comme le bec. Des pattes qui n’ont l’air que d’échasses, reste que l’os, même plus d’écailles.
       Demain, elle aura finit de s’aplatir comme une feuille dans un herbier, recroquevillée sur son sque- lette et après demain, elle sera morte, couchée sur le flanc. Pour la poule, on dit qu’elle est morte d’effarouchage. Pour ma belle mère, je ne sais pas ce qu’on dira.
                                                                     HC






Dernière modification le 03/02/2014


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