Céline, Cendrars, Giono
1914

Le centenaire de la guerre de 14 est accompagné d'un très grand nombre de commémorations officielles et de manifestations d'initiative très diverses. Nous redoutions l'excès, la saturation.
Nous avons plutôt perçu en cette premiere année, une vraie curiosité, un désir d'approfondissement,
de dépassement des images et des idées reçues.

Bonheurs de lecture participe à ce mouvement en restant à sa place spécifique.
Nous sommes allés voir ce que la littérature avait apporté à notre connaissance de cette guerre.
Nous l'avons demandé à Céline, Cendrars et Giono, trois écrivains, - écrivains et poètes -,
qui ont tous les trois été pris dans cette terrifiante machine.
Ils en sont revenus, marqués à tout jamais.

 Céline
Voyage au bout de la nuit (1932)

En 1914, Louis-Ferdinand Destouches a juste 20 ans. Depuis deux ans il effectue son service militaire dans les cuirassiers : la cavalerie, arme prestigieuse ! Mais tout va très vite. On découvre l'importance de l'artillerie et celle des mitrailleuses. Après la bataille de la Marne, la guerre de position succède aux grands rêves de mouvements offensifs. Finis les chevaux. Les beaux cuirassiers sont utilisés comme de vulgaires fantassins. En octobre 14 au cours d'un combat il est volontaire pour effectuer une liaison indispensable entre deux unités. Au retour il est grièvement blessé au bras. Après des souffrances atroces et une amputation de justesse évitée, il est rapidement réformé. Sa guerre a duré trois mois.

Outre cette blessure, il garde médaille et citation, il garde l'image médiatique prestigieuse d'un jeune cavalier héroïque traversant le champ de bataille sous les projectiles et l'horreur définitive des réalités de la guerre et du monde militaire.

Sans rien dire de sa propre guerre, c'est cette vision cinglante, absurde, cynique et burlesque de la guerre qu'il va recréer dans les premières pages du Voyage au bout de la nuit.



Cendrars
J'ai tué (1918)

En 1914, Frédéric Louis Sauser s'est déjà donné le pseudonyme de Cendrars. Il a 27 ans. Il a roulé sa bosse. Il est le poète reconnu des Pâques à New-York et l'auteur de la Prose du Transsibérien publié en 1913. Avec ce poème, il a bousculé la littérature comme Picasso et ses amis bousculent le monde de la peinture. Il est l'ami d'Apollinaire, de Chagall, de Max Jacob, de Fernand Léger, de Robert et Sonia Delaunay... Mais il est suisse !

A la déclaration de guerre, il s'engage donc dans la Légion étrangère et lance un appel pour que les autres artistes étrangers qui vivent à Paris fassent de même.

Pendant un an il combat aux pires endroits, dans les troupes de choc. Le 28 septembre 1915, il a le bras droit arraché près de la ferme de Navarin, en Champagne.

J'ai tué est le premier texte qu'il écrit de la main gauche, dès 1918, et qu'il publie avec une couverture de Fernand Léger. C'est un poème et c'est un pamphlet. Aucune anecdote, mais des visions et une pensée. Visions de champ  de bataille et de combats. Pensée de la guerre comme effondrement de toutes les valeurs du monde moderne puisque tous ses "progrès" aboutissent au corps à corps de la tuerie.


Distribution :
Frédéric Chiron, Alain Vergne
et Louis Rama, lecteurs,
avec Vincent Bauza à la contre
basse.


 





Giono
Je ne peux pas oublier (1934)
Recherche de la pureté (1939)

En 1914, Jean Giono a 19 ans. On le juge d'abord trop fragile pour le service. Mais après les pertes terribles des premiers mois de guerre, le recrutement se fait moins regardant. Il est mobilisé en décembre 1914 dans les troupes de montagne. Après une longue période d'instruction, à Briançon puis dans la Drôme, son unité est envoyée au front à Verdun, en juin 1916. Il découvre d'un coup l'horreur absolue : les tranchées, les abris de terre, le fracas, la boue, le sang, les excréments, la mort des camarades, l'absurdité des ordres... Et ce sera ensuite le chemin des Dames, les mutineries de 17, puis le Mont Kemmel...

Réservé, silencieux, il voit tomber les autres, il traverse la guerre comme par miracle,  sans blessure grave, sans avancement, sans décoration et sans avoir tué personne...

A son retour à Manosque, il ne raconte pas, il reprend son emploi à la banque, et il se met à écrire pour oublier. Mais la nuit, pendant des annnées il fait des cauchemars...

Il faudra attendre les années trente et la nouvelle montée vers la guerre pour qu'il se mette à raconter l'horreur avec toute la violence d'un pacifisme militant, viscéral.






Dernière modification le 18/05/2015


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Dernière mise
à jour le 16/12/2017




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