Lundi 14 mai 2018 à 14 h à Carpentras
au petit théâtre de la Charité
à l'initiative du service des bibliothèques dela CoVe,

pour des élèves du collège Raspail et du lycée Fabre

Marie-Hélène Lafon (née en 1962)
Nos vies
( Ed. Buchet-Chastel 2017)

Travail du texte : Agnès Bascou
Lecture, Françoise Baut
Musique : Antoine Achiary, au clavier

-  Entrée libre et gratuite  -

 Les vies croisées au supermarché

     Il s’en passe des choses au supermarché du Franprix, 93 rue du Rendez-vous dans le douzième arrondissement de Paris !  il s’en passe surtout… dans la tête de Jeanne, Jeanne Santoire, une jeune retraitée qui y fait ses courses deux fois par semaine !
     Depuis son enfance elle a la passion d’observer les gens qui l’entourent et de leur inventer des vies, alors maintenant qu’elle a tout son temps, elle s’en donne à cœur joie. Car oui, il y a beaucoup de joie, de jeu, de malice, (…et de vérités !) dans ces pages, ce texte, ce livre.
     Depuis son enfance donc, à la maison, en pension, dans le métro, elle observe, elle invente, elle tisse des vies imaginaires et elle raconte. Elle cherche des indices, fait des hypothèses, tricote des possibles. Au supermarché, lieu anonyme de grande absence, elle, elle est en éveil, elle voit, elle regarde avec une extrême acuité. Elle scrute les corps, les visages, elle voit des regards, des gestes et les interprète… Et parfois, sans crier gare, sans lien direct, elle saute de ce monde extérieur à son monde intérieur, sa propre vie, ses souvenirs, et elle les met secrètement en résonnance… Ainsi noue-t-elle des liens secrets entre toutes ces vies et la sienne, avec humour, empathie et générosité, sans jamais juger personne.


Ecrire une fiction urbaine

     Depuis longtemps Marie-Hélène Lafon voulait écrire une fiction urbaine - elle l’avait déjà fait, brièvement,  avec « Mo », en 2005 -. Elle voulait sortir de son monde de naissance, celui de ses racines paysannes, le Cantal, la vallée de la Santoire, car,  - sa vie et son œuvre en témoignent et c’est sa richesse - , elle appartient à deux mondes, celui d’autrefois, l’enfance, la terre, la montagne, les bêtes, et celui d’aujourd’hui, Paris, l’enseignement, les livres, l’écriture. « Les Pays » en 2012 déjà, était un livre du passage entre ces deux mondes.

     Dans « Nos vies », enfin, nous sommes à Paris, rien qu'à Paris. Non seulement à Paris, mais dans l’espace restreint d’un supermarché du 12éme arrondissement. Et c’est dans ce lieu modeste, lieu de commerce infime et de passages anonymes que se jouent « Nos vies » !
     Pierre Michon suivait des « vies minuscules » et reconstituait leur  histoire, leur archéologie, Marie-Hélène Lafon se place en un lieu fixe, la caisse du supermarché, et elle regarde s’y croiser des vies, des instants de vies, sans savoir ni d’où elles viennent ni ce qu’elles deviendront. Quel défi d'écriture!
     Ce faisant, elle se place bien dans la lignée du Flaubert d’Un cœur simple et dans la succession de Pierre Michon qu’elle admire. On y retrouve, la gourmande de mots, la tricoteuse de phrases, celle qui mâche la langue avec la puissance, l’exigence, la justesse que nous lui connaissons. Elle est une artiste qui crée, avec rien (!), un monde et des personnages vrais, puissants et qui resteront gravés en nos mémoires : Gordana, Horatio Fortunato, Jeanne Santoire, Karim… mais elle nous dit aussi quelque chose du monde où nous vivons.
 


Les solitudes dans la ville

     Rien ici d’une étude d'anthropologie urbaine, bien sûr, et pourtant !  Elle nous parle de nos vies à tous, des vies déracinées de tant d’entre nous aujourd’hui.  …Aucun de ceux qu’elle y rencontre, n’est un véritable parisien fier de l’être. Aucun n’y a ses propres racines. Ici se croisent les fragilités de ceux qui ont gagné la ville sans y être nés. Trajectoires de hasard, installations éphémères, vies bousculées, déracinées : migrants, personnes déplacées, exilés venus d’Europe centrale, d’Algérie …ou du Cantal !  Et tous y connaissent la cruelle solitude des grandes villes. Tous y sont des mendiants de relations, de regards, d’amour et d’amitié… tous sont dignes de l’empathie de l’écrivain, de son regard fraternel.

     Ne serions-nous pas tous, un peu clients du Franprix de la rue du Rendez-vous ?



     "J'ai l'oeil, je n'oublie à peu près rien,
     ce que j'ai oublié, je l'invente.
     J'ai toujours fait ça, comme ça,
     c'était mon rôle dans la famille..."
















Dernière modification le 12/03/2018


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à jour le 13/02/2019




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